Les réseaux sociaux font partie du quotidien des internautes (environ 1/3 du temps passé sur Internet, selon une récente étude d’Experian) et le continent noir ne déroge pas à cette révolution. Cependant les usages sont différents de ce que nous connaissons en occident.

La conférence « l’Afrique et les réseaux sociaux » animée par Elise Colette (Rédactrice en chef de Jeune Afrique, magazine spécialisé sur l’actualité africaine) et Cédric Kalonji (Journaliste, blogueur, web-développeur) lors de la Social Media Week à Paris en Février 2013, m’a permis de mieux comprendre les nouvelles habitudes des Africains.

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L’Afrique reste  un continent sous-connecté

Les Africains ont deux fois moins accès à Internet que le reste du monde. En effet, le taux de pénétration d’Internet en Afrique (la part de personnes ayant accès à Internet) est de seulement 16%, quand la  moyenne mondiale est de 35% ! (Chiffres Internet World Stats)

Le constat est sans appel et les principales  raisons de ce retard sont le sous-développement des infrastructures ainsi que le coût élevé de la connexion.

Au-delà des études digitales, les raisons politiques sont un facteur à prendre en compte.  Si l’on prend l’exemple de la en République du Congo (République Démocratique du Congo), les différentes guerres civiles de 1993 et 1998 ont empêché les opérateurs (pourtant nombreux à le vouloir) de s’implanter dans le pays. L’absence d’un chef du gouvernement avec qui négocier a freiné jouer un frein dans l’implantation des réseaux de communication numériques. En contexte de guerre civile les leaders ont également tout intérêt à ne pas laisser s’implanter les opérateurs. Ce n’est que dans les années 2000 quand le contexte politique s’est apaisé, que les opérateurs ont pu commencer à s’implanter.

De plus, Cédric Kalonji nous explique qu’un abonnement Internet en RDC (République Démocratique du Congo) coûte environ 100$ US par mois, sans compter le coût d’activation de la ligne de 375$ US. Une fortune dans un pays où le salaire moyen est de 100$ US. Ceci explique que la plupart des Africains doivent  se rendre  dans des cybercafés pour accéder au Web.

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L’Afrique est un continent mobile

Pour pallier ce retard, les Africains se sont orientés vers le mobile. Au-delà de son prix attractif (une dizaine d’euros suffisent à se procurer un téléphone), le mobile offre la possibilité de rester connecté partout et demeure la meilleure alternative au faible taux d’équipement informatique. En 2005, l’Union Internationale des Télécommunications comptait moins de 2 ordinateurs pour 100 habitants en Côte d’Ivoire.

A titre d’exemple, Elise Colette nous rapporte que  l’Afrique du Sud enregistre autant de connections à  Internet sur mobile que sur ordinateur.

Le mobile permet aussi, par le biais de la culture, de diffuser des contenus culturels parfois inaccessibles ailleurs tels que les romans mobiles (ou m-novels) proposés par l’application sud-africaine YOZA.

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L’Afrique est très présente sur les réseaux sociaux

Les  réseaux sociaux sont au cœur du quotidien des africains, à tel point que le mot clé le plus recherché sur Google en 2011 était “Facebook” ! Au-delà de l’anecdote, les réseaux sociaux représentent une des premières sources d’information notamment grâce à l’instantanéité qu’ils offrent (en particulier Twitter).  Comme nous le montre l’étude réalisée par l’agence Portland, 76% des africains interrogés considèrent Twitter comme la première source d’information pour l’actualité internationale.

Les réseaux sociaux ont su s’adapter à ces usages, à l’exemple de Facebook qui propose d’actualiser son  statut et “Liker” par SMS, comme nous le montre la vidéo de Tunisie Telecom.

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Conclusion

La force de l’Afrique réside dans sa capacité d’adaptation. Malgré les freins constatés, les Africains s’adaptent jusqu’à créer leurs propres initiatives locales, à l’image du réseau social Mxit qui enregistre plus de 10 millions de membres en Afrique du Sud (devant Facebook !). Cependant l’Afrique n’est pas homogène, et les écarts demeurent entre les pays ayant des infrastructures développées et le reste du continent (seulement 20 pays sur 54 ont accès à la 3G).

Pour compléter cet article voici les présentations que j’ai réalisé lors de la Semaine du Web 2013 à Alger.

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