Voilà maintenant quelques mois que nous entendons parler d’un certain « @EquipierQuick » qui a notamment fait parler de lui en divulguant, via son compte Twitter, des informations relatives aux conditions de travail et au non-respect des règles d’hygiène qu’il vivait au quotidien dans un des restaurants de la chaîne Quick.

Equipier Quick

 

Aujourd’hui à découvert, Nicolas Canut, le fameux équipier licencié, répond à nos questions pour nous en apprendre un peu plus sur les raisons de ses actes et la suite donnée à cette affaire.

 – quels étaient les objectifs visés en créant ce compte ?

Les objectifs visés en créant ce compte étaient simples : interpeller Quick France SAS sur les conditions de travail que j’ai pu constater en tant qu’équipier de la part d’une manageuse, et faire évoluer nos droits.

– ont-ils été atteint à ce jour? Expliquer pourquoi

A ce jour, le bilan est mitigé. Les objectifs visés n’ont pas été atteints selon moi, puisque dès la création de ce compte sur Twitter, @EquipierQuick, le groupe appartenant à un certain pourcentage à l’Etat, a préféré immédiatement identifier le restaurant puis identifier l’auteur des tweets. Le but n’a pas été compris, et face à ces alertes publiques, ils ont préféré se suicider médiatiquement en révélant l’existence de ce compte sur le réseau social, entraînant un déferlement médiatique comme en 2011, m’entraînant de ce fait sous les feux des projecteurs et à un harcèlement de certains journalistes…

 – que pensez-vous des décisions et réponses apportées par Quick?

La société Quick France SAS a préféré balancer un communiqué de presse, au lieu d’essayer de rentrer en contact avec moi physiquement parlant. La société a affirmé beaucoup de choses, notamment le dépôt d’une plainte devant un Procureur de la République. Avec mon avocat et la CGT, nous avons donc essayé de savoir où en était cette plainte, et fait très surprenant, celle-ci n’a pas été et ne sera pas déposée. La décision d’annoncer publiquement une telle manœuvre judiciaire à mes yeux et aux yeux de nombreux communicants que j’ai pu consulter, avait comme but de déclarer à ses employés dans toute la France « nous contrôlons notre image, faites attention à ce que vous dites ». Le message était fort, et cette affaire qui à mes yeux n’en est pas une, a bien été « enregistrée et comprise » chez tous les équipiers de la chaîne Quick et ses franchisés. La situation a été très mal gérée selon moi par la société, qui s’est embourbée toute seule et a elle-même monté de toute pièce un préjudice d’image important pour le restaurant déjà visé par une affaire bien plus sérieuse, celle de la mort de Benjamin Orset en janvier 2011, il y a tout juste un peu plus de deux ans. Qui plus est, elle s’est embourbée dans cette affaire, puisque je vais être convoqué par le juge d’instruction de cette tragique affaire à la demande des parents de Benjamin.

La société Quick France SAS a très clairement conscience que la CGT d’Avignon, mon avocat et moi-même disposons de nombreux témoignages d’ex-employés ayant ou non travaillé avec moi (entre septembre et décembre 2012), mais aussi de clients, ce qui est assez surprenant. Encore plus lorsqu’on apprend que l’inspection du Travail de Vaucluse avait reçu plusieurs alertes… Les faits que j’ai dénoncé sont donc prouvés, et partir sur des poursuites, seraient très préjudiciables pour la marque, notamment le restaurant qui est en sursis depuis maintenant plus de deux ans. Et je ne veux pas en arriver jusque là. Je voulais ouvrir des discussions, qui ont d’ailleurs été acceptées vendredi 25 janvier dernier, et qui je l’espère seront très constructives et intéressantes.

– aviez-vous conscience des conséquences que pouvait provoqué vos propos sur Twitter? 

Le but n’était pas de nuire à l’image de la marque, en proie à des difficultés financières sur le restaurant où j’étais employé (affirmer le contraire serait mentir). Ces messages n’auraient jamais été autant lus si la société Quick France SAS n’avait pas dévoilé l’existence de ce compte. Les conséquences sur l’image de la marque ne peuvent dès lors m’être reprochées.
Après, j’ai conscience d’avoir blessé l’une de mes collègues, qui m’a d’ailleurs écrit via le réseau social Facebook, mais dont je ne peux lui répondre pour lui éviter des ennuis avec Quick. Elle n’a pas eu tous les éléments en sa possession, et n’a pas pu tout lire sur Twitter (puisque le compte est verrouillé, et n’est plus accessible par tous). Blessée puisque le groupe Quick France SAS, pendant son audit, a dit beaucoup de conneries, au point de vouloir nous monter les uns contre les autres, notamment via cette phrase de madame Vincent Pascale, DRH pour Quick, « je compte sur vous pour le démasquer »… une vraie chasse à l’homme en quelque sorte digne des méthodes américaines.
Cependant, cette affaire va en ouvrir une autre pour « menaces de mort réitérées par moyens électroniques » contre une équipière qui a même dû être modérée sur la page officiel de Quick France… cela est une conséquence, encore une fois négative, de ce que j’ai dénoncé via le réseau social.
Comme déclaré précédemment, Nicolas parle d’un suicide médiatique pour Quick dès lors que l’enseigne a communiqué sur le compte Twitter @EquipierQuick. Il semblerait ainsi que ce soit la société Quick qui l’ait finalement poussé à avancer à visage découvert et à être « harcelé par les journalistes ».
Et pourtant, Nicolas Canut est loin d’être inconnu des médias, il suffit de faire une simple recherche sur son nom pour constater que ses actes engagés constituent en majorité son identité numérique:
 – en 2006, se déclarant victime d’homophobie, il porte plainte contre le proviseur de son lycée, la CPE, le surveillant, l’infirmière et 2 élèves.
– 3 ans plus tard : il entame des poursuites judiciaires contre son père pour obtenir une pension. L’affaire traînant en longueur, il porte plainte contre le procureur et la juge aux affaires familiales.
– Toujours en 2009, il s’attaque à Facebook car le réseau comporte  des groupes à caractère homophobe.
Une visibilité médiatique avec laquelle il semble bien familiarisé et qui, selon certains, sème le doute sur la crédibilité de ces intentions.
C’est pourquoi, nous avons tenu en apprendre un peu plus sur ces actes antécédents.

– vous aviez déjà fait parlé de vous dans la presse à plusieurs reprises avant l’affaire de l’équipier Quick, pensez-vous que vos actions individuelles aient pu porter leur fruit à ce jour?

Mes différentes affaires précédentes ne sont pas toutes terminées et avaient un but légitime, reconnu puisque les faits ont été prouvés.
– Pour mon père, qui révèle en réalité d’un caractère privé et familiale, les deux procédures ont été lancées premièrement par le Ministère Public en 2003 et en 2008 par moi-même, et ces deux affaires distinctes se sont éteintes après de multiples condamnations de mon père pour des raisons que je ne dévoilerai pas.
– Concernant le lycée picard, il faut bien souligner que j’étais mineur, et qu’encore ici, il s’agit d’une procédure inédite ouverte à la base par le Ministère Public, même si à ma majorité, un des officiers de la Police Judiciaire m’a demandé de déposer plainte « pour que la procédure suit son cours ». Mon affaire avait été étudiée par le cabinet de monsieur DARCOS ministre de l’éducation Nationale à l’époque en 2008 et avait pu -notamment grâce à de nombreuses associations comme SOS homophobie qui travaillaient en amont- inclure dès la rentrée scolaire de septembre 2009 la lutte contre toutes formes de discriminations dont l’homophobie en milieu scolaire, comme une des priorités des chefs d’établissements. L’affaire classée à trois reprises, a été reprise par le Parquet d’Avignon dans le Vaucluse, estimant selon les enquêteurs, que l’enquête avait été très clairement bâclée par l’ancien Procureur de Saint-Quentin. Plusieurs vidéos ont été saisies auprès de You Tube France, et les dirigeants de ce lycée mis en cause à l’époque, ne sont plus en postes. Mon statut de « victime » a été officiellement reconnu par l’éducation Nationale début 2009.
– Cet ex Procureur de la République de Saint-Quentin désavoué en 2009 par le Ministère de la Justice qui a dû dépayser un simple dossier devant le Juge aux Affaires Familiales, et qui a donné lieu à une plainte au pénal transmise au Ministère de la Justice.
Des éléments troublants ont en effet été découverts en 2008 et 2009, et la plainte était inévitable.
– Pour l’affaire « Facebook », le dossier était sensible, et avait été déposé bien avant la médiatisation que je n’ai pas souhaité…
Dans cette affaire, deux personnes ont finalement été identifiées (sur Paris et Evry), après un premier classement sans suite que nous avions annoncé à la Presse volontairement, après collaboration des autorités américaines face aux refus de Facebook INC de remettre à la France les adresses IP des internautes accusés d’avoir proférés des menaces à l’encontre d’homosexuels. Cette action fut concluante puisque les sociétés Facebook INC et UK ont modifié leurs systèmes de modérations.
– Il y a également une procédure contre un maire de Paris pour avoir tenu des propos publiquement diffamants à l’encontre des homosexuels, l’affaire suit actuellement le cheminement classique entre Avignon et Paris.
– Et je ne parle pas des nombreuses personnes poursuivies et condamnées pour m’avoir agressé physiquement… pour tout et n’importe quoi.

– pensez-vous que cet historique puisse porter préjudice lors du traitement de vos requêtes?

Mon historique personnel n’a jamais porté préjudice aux différents traitements par la Justice comme par la Police Nationale de mes dossiers. Puisque à chaque fois, les faits dénoncés ont été très clairement prouvés. Et les trois plaintes déposées contre moi pour « diffamation » ont toujours été classées sans suite, notamment celle concernant un article publié sur Le Plus du Nouvel Observateur où j’avais publié une enquête sur un professeur condamné pour « détournement de mineurs » avec la complicité d’un chef d’établissement et d’un diocèse à Avignon. J’ai même parfois certains contacts avec les autorités, pour prévenir de certains risques dans des lieux publics… dont j’ai connaissance. Mais je ne suis pas un informateur, ni un délateur.

– en utilisant les nouveaux médias pour vos revendications, pensez-vous représenter une majorité silencieuse?

Utiliser Twitter, qui à mes yeux n’est pas un nouveau média mais seulement un moyen de communication novateur et qui a porté ses fruits en France ces derniers mois malgré plusieurs polémiques, permet en effet de se faire entendre plus facilement. Mon aventure avec @EquipierQuick a très vite pris une tournure inattendue, a permis de faire réagir le groupe de restauration rapide qui ne déposera finalement pas plainte selon les déclarations de son conseil contre un protocole d’accords -sauf si le groupe change à nouveau d’avis-, mais mon compte revendicatif aurait très bien pu rester dans l’anonymat. Et ce compte, en effet, sur Twitter a permis à de nombreuses personnes travaillant aux quatre coins de la France pour Quick France SAS ou un franchisé, de mettre en évidence des dysfonctionnements sur le management de certains managers. Donc oui, au final, celui-ci représentait une majorité silencieuse. Et je ne regrette strictement rien, sauf la communication de Quick France SAS.

Merci à Nicolas Canus d’avoir pris le temps de répondre à nos question, la suite de cette histoire à l’air d’être positive comme le montre ce tweet :