Gregos

Gregos, Photographie by Jérôme Deiss

 Posée en quelques minutes ou en plusieurs heures l’oeuvre du street-artiste redonne une nouvelle vie à l’espace urbain. Immortalisé par la photographie, l’art de la rue subsistera plus ou moins longtemps à la vue des passants détérioré par le climat, ou tout simplement recouvert par les agents de la municipalité de Paris. Il y a un  an le blog de Thot Cursus publiait un dossier sur « Le street art et le web sont-ils faits pour s’entendre ?« 

  L’engouement massif sur le Web pour cet art éphémère signe-t-il sa « boboisation » ? Sa sur-exposition signifie-t-elle la vente de son âme au diable ? L’Express titrait récemment « Street Art: un mouvement qui s’institutionnalise« . Les réseaux sociaux permettent-ils de faire « caisse de résonance » aux différents messages des street-artistes et ainsi garder la nature sauvage de cet art ?

 Cet article dresse un panorama de la pénétration du street-art dans les médias et réseaux sociaux, ainsi que les différentes stratégies digitales des street-artistes pour prolonger et immortaliser leurs oeuvres.

Facebook une vitrine d’un espace communautaire

La course par Levalet

« La course » par Levalet, photographie by Jérôme Deiss

La rencontre de Facebook et de l’art de la rue se fait essentiellement par le biais de pages et de profils Facebook   sur le street-art ou sur les street-artistes. On y retrouve :

  • des albums photos de leurs oeuvres,
  • la programmation des différents événements autour de l’art de la rue,
  • les différentes actualités du street-art ou du street-artiste,

Outre cette vitrine essentielle véritable archive numérique, c’est une puissante communauté composée d’un melting pot de  profils différents :

  • artistes,
  • photographes,
  • passionnés,
  • simples curieux,

Le hahstag #streetart est présent sur de nombreux réseaux, introduit depuis peu sur Facebook : #streetart renvoie à des milliers de résultats :

#streetart sur Facebook

L’utilisation du hashtag #streetart sur Facebook

Le street-artiste d’ordinaire discret, s’expose de plus en plus sur Facebook, pour certains en gardant l’anonymat pour d’autres à visages découverts. Pas d’étude à ce jour sur la présence prépondérante d’un réseau social en particulier mais on peut analyser facilement deux ou trois résultats avec #Tagboard.

Pour en savoir +
Tagboard est un agrégateur de hashtag, vous pouvez monitorer un hashtag sur plusieurs réseaux sociaux en même temps ou juste sur le canal de votre choix : Twitter, Google+, Instagram… URL : http://tagboard.com/

 

Le média le plus utilisé sur les différents canaux de communication est la photographie ce qui donne un petit avantage à Facebook, ce essentiellement dû aux albums photo des street-artistes et des passionnés de l’art de la rue. Vient augmenter le chiffre : l’application Instagram  (rachetée par Facebook en avril 2012), qui s’installe sur de nombreuses plate-formes mobiles (iOS, Androïde…) facilitant ainsi le partage sur les réseaux sociaux. La prise en main massive des réseaux sociaux par les street-artistes accroît considérablement leur visibilité. Ils permettent en outre de toucher de nouveaux publics qui ne s’intéressaient pas au départ à l’art de la rue. Facebook, Instagram  Twitter… donnent accès au street-art à l’ensemble des utilisateurs du Web.

Le street-art en équipe sur les réseaux sociaux

C’est par équipe que certaines collections sont exposées sur les réseaux sociaux, c’est le cas notamment pour Pinterest et de Pearltrees. Sur Pinterest le board « Street art (Best of) – community edion » compte à ce jour plus de 2500 contributeurs, pour plus de 133 000 photos :

street art et wood art fantasy (waf) / Mur Berlin / JR / Alexandre Farto dans (azraval)Cultivate your interests with Pearltrees for Android

Question à Ajt CodexUrbanus

Codex Urbanus : Fig 36 Helix Octopus

Fig 36 Helix Octopus

Pourquoi avoir choisi Tumblr pour exposer tes photos ?

C’est une bonne question… en fait tu constates rapidement que c’est important de garder une trace de ton travail, et de le montrer. C’est comme un book en temps réel… Ensuite pourquoi Tumblr? Ben c’était un peu la mode à l’époque, mais si c’était à refaire maintenant je pense que je choisirais Instagram. En plus sur Tumblr on peut aussi lier les photos téléchargées sur un compte Facebook et Twitter… Et je pense que de toute façon il va falloir que je finisse par faire un site aussi…. Voilà! Tu sais tout…

[toggle title_open= »Refermer » title_closed= »Pour en savoir + sur Ajt CodexUrbanus » hide= »yes » border= »yes » style= »default » excerpt_length= »0″ read_more_text= »Read More » read_less_text= »Read Less » include_excerpt_html= »no »]Son profil facebook : https://www.facebook.com/codexurbanus

Le Tumblr : http://codexurbanus.tumblr.com/

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Question à Levalet

Considérations esthétiques

Considérations esthétiques by Levalet, photographie by Jérôme Deiss

De par nature le street-artiste est plutôt discret, pourquoi avoir ouvert une page sur Facebook ?

Je dirais au contraire que le street-artiste n’est pas un modèle de discrétion car il s’affiche ouvertement et directement dans l’espace public. Si certains sont très discrets sur leur identité, ce qui est tout à fait justifié pour les artistes qui peignent directement sur les murs au vu des peines encourues, j’avoue qu’en tant que colleur, je n’ai jamais été très préoccupé par l’impératif de l’anonymat. Mettre mon travail sur facebook a tout simplement été un moyen de montrer mon travail autrement, de contrecarrer son caractère éphémère par  une diffusion plus pérenne.

 

[toggle title_open= »Refermer » title_closed= »En savoir + sur Levalet » hide= »yes » border= »yes » style= »default » excerpt_length= »0″ read_more_text= »Read More » read_less_text= »Read Less » include_excerpt_html= »no »]

Consulter l’ensemble des oeuvres sur son blog : http://levalet.overblog.com/

La page fan : https://www.facebook.com/levaletdessinderue  [/toggle]

Question à Bea PYL

Béa Pyl (Puzzle Your Life)

Béa Pyl (Puzzle Your Life)

Le street art est éphémère. Quelle que soit la technique utilisée, il est voué à disparaitre, du fait des intempéries, de démolitions de murs, de nettoyage ou d’arrachage. La photo permet de garder trace de ce qui a été produit. Elle devient la mémoire de la ville.
Là où ça devient, à mon sens, encore plus intéressant, c’est que street art et photo permettent de donner une multitude de visages à la ville. Au fil des saisons, et surtout des couleurs, que les street artistes viennent leur donner, les rues changent perpétuellement.
Figer ces changements, c’est, paradoxalement, immortaliser les mouvements, la vie de la rue.

[toggle title_open= »Refermer » title_closed= »En savoir + sur Béa PYL » hide= »yes » border= »yes » style= »default » excerpt_length= »0″ read_more_text= »Read More » read_less_text= »Read Less » include_excerpt_html= »no »]

Mon seul but : communiquer, partager, distribuer des mots … et le secret espoir de pouvoir parfois faire naitre des sourires …

La page fan : https://www.facebook.com/puzzlebybea  [/toggle]

 

Quand les grands comptes se servent du street-art pour parler de leurs événements

Récemment sur le site de la RATP c’est Clet Abraham qui illustre la bannière de l’événement « Paris face cachée » en février 2013

Paris Face Cachée

Clet Abraham pour la RATP

Sur le site officiel on peut lire les explications de Sabrina Slimani et Caroline sur la présence de Clet Abraham :

Une affiche signée Clet Abraham « Clet Abraham est un street artiste, peintre, sculpteur, qui intervient dans l’espace urbain en collant un petit bonhomme noir sur les panneaux signalétiques de la ville, les détournant ainsi de leur sens premier. Ses œuvres égaient les rues de Florence, Turin, Rome ou encore Londres et Paris. Une de ses déclinaisons du panneau de « sens interdit », était une illustration évidente de Paris Face Cachée : urbanité, dévoilement, transgression. Merci à Clet d’avoir accepté d’associer son univers surprenant et plein d’humour à cet évènement décalé. » Sabrina Slimani et Caroline Loire Directrices de À Suivre Productions

Orange choisit la talentueuse Vinie Graffiti pour accompagner la sortie  de son social game « Hellopolys »

Vinie pour l'opération Hellopolys d'Orange

Vinie pour l’opération Hellopolys d’Orange

[toggle title_open= »Refermer » title_closed= »Pour en savoir plus sur Vinie » hide= »yes » border= »yes » style= »default » excerpt_length= »0″ read_more_text= »Read More » read_less_text= »Read Less » include_excerpt_html= »no »]Vinie possède déjà une jolie empreinte numérique : un  Blog, une Page Fan, une page Profil, un compte Pinterest[/toggle]

Question à Vinie

Zoom perso Vinie

Zoom perso Vinie
Vinie – Réa Bobigny janvier 2013

Les street-artistes sont plutôt discret quels sont les interêts de travailler avec une marque comme Orange ?

Les street artistes sont plutôt discrets, c’est vrai. Mais ils affichent quand même leurs créations dans la rue, donc à la vue de tous… Ils apprécient de s’exprimer en public. Personnellement, j’aime travailler dans la rue pour avoir le retour des passants, échanger avec eux. Qu’ils aiment ou pas, la critique est toujours bonne à prendre. Il y avait pour moi plusieurs intérêts à bosser avec Orange… Ce n’est pas pour cette marque ou son image précisément que j’ai dit oui, mais plutôt pour la liberté d’action qu’ils m’ont accordé. Ils souhaitaient deux démonstrations de mon travail, et ce, en pleine rue. Leur motivation n’était pas commerciale : ils voulaient offrir un cadeau à leurs clients, ici, une performance, de la peinture.

Ils lançaient un jeu, donc ils désiraient rester dans quelque chose de ludique. Je refuse souvent de travailler avec des marques lorsqu’elles veulent détourner le travail pour vendre leurs produits. Ce n’était pas le cas avec Orange.
Le brief était simple : regarder leur jeu de plateau, faire une démo libre. J’ai ainsi pu mélanger mon univers à celui du jeu(mon personnage dans leur ville en 3D isométrique) La liberté de mon interprétation m’a motivé à accepter : je n’avais pas de contrainte, je ne devais ni montrer leur marque ni même le logo du jeu, juste faire mon travail habituel, mais dans les lieux qu’ils souhaitaient. Là aussi, l’intérêt résidait dans les lieux choisis (Oberkampf et Beaubourg). Je trouvais que c’était plutôt sympa de peindre dans des lieux où je n’avais pas l’habitude d’aller pour des raisons légales. Ils avaient dans ce projet un rôle de mécène. C’est mon travail qui a été mis en avant durant tout ce projet, leur produit n’étant qu’un simple sujet de création.

Tu as récemment ouvert un compte Pinterest, peux-tu nous en dire plus  ?

Cette décision a été prise par mon agence, en créant la « true talents gallery ». Les différents « tableaux » visent à montrer les passions, les créations extra professionnelles des salariés.

Il aurait été étonnant que les marques de luxe ne surfent pas sur cette vague urbaine.

C’est ce que Louis Vuitton a fait en invitant 3 street-artistes (Aiko, Retna, et Os Gemeos) dans des exercices de styles, où les trois street-artistes ont travaillé sur l’imprimé des foulards de cette marque de luxe, la collection est intitulée « foulard d’artistes – a tribute to street art ».

Le street-art attire les marques, c’est aussi la possibilité pour un street-artiste d’exposer ses oeuvres autrement. C’est un partenariat gagnant/gagnant entre la marque et le street-artiste. Pour illustrer cette notion voici une vidéo qui illustre l’intervention du street-art sur la publicité IKEA.

Cet intérêt croissant des marques pour l’art urbain lui donne une exposition médiatique sans précédent. Que l’on approuve ou pas, le canal « exposition » permet aux street-artistes de toucher un autre public et ainsi d’augmenter le taux de pénétration du street-art dans les différentes catégories socio-professionnelles. Côté marque l’utilisation du street-art permet-il d’orienter le consommateur vers un produit ? J’ai du mal à imaginer un passant s’intéressant davantage aux produits du sponsor qu’aux street-artistes. Mon ressenti sur ce sujet n’engage que moi, mais tant que le street-art profite aux street-artistes nous sommes sur la bonne voie de communication.

[toggle title_open= »Refermer » title_closed= »Autres exemples » hide= »yes » border= »yes » style= »default » excerpt_length= »0″ read_more_text= »Lire la suite… » read_less_text= »Réduire » include_excerpt_html= »no »]Voici un autre exemple, Lyonmag.com titré en juillet « Lyon : un record du monde établi place Bellecour » une performance concernant la branche Truck de Renault. Lire la suite sur lyonmag

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Question à Levalet

Que penses-tu de l’utilisation du street-art par les marques ? (cas de la RATP avec Clet Abraham par exemple).

Concrètement, on ne peut pas s’empêcher de relever le côté paradoxal de l’opération. D’un côté, c’est tout à fait naturel que la publicité se nourrisse du Street art étant donné que le Street-art lui-même s’est énormément inspiré de la publicité. De plus, c’est un phénomène artistique à la mode, qui offre des ressources assez riches pour la communication visuelle. Après, voir que la RATP s’empare du visuel d’un Street artiste alors qu’elle fait elle-même la chasse aux interventions artistiques dans ses locaux peut laisser sceptique quant à la logique de cette réutilisation. Ensuite, il faut rester conscient que la pub a toujours réutilisé des images artistiques, peu importe le style, et qu’il appartient aux artistes d’être en accord avec leur « morale artistique ».

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Les laboratoires Pfizer (Canada) utilisent dès 2008 le graffiti pour une campagne Web « More than medication« , un spot basé sur le courage « Be Brave » totalise 91 180 vues à ce jour. Ce fût la première vidéo virale mise en ligne par Pfizer :

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=gVUkbRng7fo&w=640&h=385]

 

Quand le street-art envahit les applications mobiles

Nous l’avons vu plus haut les applications de partage photographiques sont nombreuses, mais il existe des applications entièrement dédiées à l’art de la rue. Il y a deux angles de développement :

[ordered_list style= »decimal »]

  1. l’utilisation de l’appareil photo des smartphones et tablettes afin de faire découvrir et de géolocaliser les différentes oeuvres
  2. des applications développées afin de faire découvrir un street artiste et ses oeuvres

[/ordered_list]

Une des applications les plus utilisées est Urbacolors, disponible sur iOS ou Android, elle permet de photographier, d’identifier le street-artiste et son oeuvre, de la géolocaliser et partager votre découverte avec vos amis. Un service web sous la forme d’une carte interactive reprend l’ensemble des découvertes.

C’est certainement JR mondialement connu, cet affichiste qui axe son travail sur le collage photographique qui a lancé l’application iPad la plus aboutie concernant ses oeuvres :

JR application iPad

Au-delà de l’application JR utilise une multitude de réseaux et médias sociaux un site web, un compte Instagram (+ de 190 000 abonnés), peut-être l’un des street-artistes les plus connectés à ce jour.

Les applications mobiles ne servent pas toutes à mettre en valeur l’art de la rue, certaines comme celle de la Mairie de Paris vont à l’encontre de cette valorisation, un sacré paradoxe lorsque l’on lit sur le site web de la mairie du 13ème :

Le Street art est en en pleine expansion et connaît aujourd’hui une reconnaissance artistique internationale. Paris, grâce au 13e arrondissement, s’inscrit désormais dans la lignée de New York ou Lisbonne.

L'application "DansMaRue" de la Mairie de ParisL’application « Paris dans ma rue » catégorise diverses anomalies urbaines, le street-art nommé « Graffiti » est classé dans la catégorie « Malpropreté ». Le but de cette application est de signaler les différentes anomalies de votre quartier, rue, afin « d’améliorer la qualité de l’espace public et mieux répondre aux attentes des Parisiens, la Ville de Paris a développé un dispositif citoyen de remontée des anomalies constatées. »

Il est clair que la notion de graffiti est large du simple coup de marqueur sur le mur d’un immeuble, aux fresques commandées par la Mairie de Paris…

Quelques screenshot de l’application :

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Quand le street-art devient un webdocumentaire : le cas de défense d’afficher

Il a fallu deux ans pour réaliser ce webdocumentaire qui illustre ce que le street-art raconte du monde. L’internaute est propulsé en slow motion dans une déambulation urbaine sur les traces de 8 artistes, dans 8 villes du monde. Il remportera le 4e prix France 24 – RFI du webdocumentaire remis au festival Visa pour l’image de Perpignan.


LUDO / PARIS [subtitled] par DEFENSE_DAFFICHER

Au-delà de ce webdoc, All city street art graffiti, une application iPhone prolonge l’expérience utilisateur en donnant la possibilité d’uploader et de partager ces découvertes.

Conclusion

Le street-art par définition provient de la rue, l’une des particularités de cet art est l’aspect éphémère, multi-formes, d’un simple bouchon derrière un câble électrique, en passant par d’immenses fresques recouvrant les façades d’immeubles. Autre particularité à ce jour le street-art reste un délit puni par la loi :

La destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 € d’amende, sauf s’il n’en est résulté qu’un dommage léger. Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3.750 € d’amende lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger. » Ces peines peuvent être portées, selon les circonstances, à cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 € d’amende. (Code Pénal: Articles 322-2 et 322-3)

 Au delà de la conservation numérique par le biais de la photographie, la digitalisation par les réseaux et médias sociaux apporte une exposition supplémentaire, la possibilité de toucher de nouveaux publics. Cela permettra-t-il d’accepter plus facilement un collage sur le mur de son immeuble ? La digitalisation et l’utilisation du street-art par les marques a des effets bénéfiques en termes de visibilité, il faut rester vigilant quant à l’instrumentalisation dont il peut être l’objet, c’est un art jeune qui doit apprendre a se servir des outils sans s’asservir et ainsi devenir une culture subventionnée par les marques ou les institutions.

Oré