The Wall Street Journal

Le transmédia est une nouvelle méthode pour raconter une histoire (storytelling) dont le déroulé sera suivi sur différents supports qu’ils soient off ou online. Dans cette optique le transmedia permettra donc de franchir la membrane poreuse entre la réalité et le virtuel. C’est le dispositif qui a été choisi pour mettre en lumière l’histoire de la Tour Paris 13. Une tour qui touché l’ensemble des plus importants réseaux et médias sociaux.

« Longtemps, la cave a été le seul endroit qu’on a bien voulu nous abandonner »

Depuis le premier octobre et pour une durée de 30 jours, la Tour Paris 13 est ouverte au public, le quidam traverse l’univers du street-art à travers les œuvres d’une centaine d’artistes de tous pays et de techniques hétérogènes. Le street-art a modifié la façon de regarder la rue, l’environnement urbain dans lequel je me déplace. Le projet Tour Paris 13 a modifié la perception du street-art et des street-artistes, mais aussi la manière de traduire une expérience esthétique. [divider]


Tour Paris 13 par tourparis13

 Un enjeu temporel

C’est lorsque la décision de détruire cette tour, qui se dresse au cœur du 13ème arrondissement de Paris, est devenue irrévocable qu’a émergé le projet Tour Paris 13. Les street-artistes se sont emparé de cet édifice à l’abandon : Au départ une simple goutte orange fluo, et petit à petit la magie couplée à la technique des street artistes a donné naissance à un véritable joyau du street-art sur 11 niveaux, du sous-sol au 9ème étage, en passant par le rez-de-chaussée. Par définition le street-art est éphémère et la force du projet de la Tour Paris 13 est justement de ne pas aller à l’encontre des choses. La démolition de la Tour 13 est la meilleure chose qui puisse arriver aux oeuvres dans le monde réel. Mais avec la mise en ligne du site Tour Paris 13 c’est toute la puissance du transmédia qui donne une autre dimension au projet. Permettre de garder la seule trace numérique de quelques street-artistes sur le Web. L’engouement pour la tour Paris 13 est réel à tel point que sont apparues des pétitions pour prolonger la durée des visites avant la destruction :

Pétitions Tour Paris 13

http://www.mesopinions.com/petition/art-culture/prolongement-visite-tour-paris-13/10777

Dès l’inauguration de la tour 13 le hashtag TourParis13 et les photos sont propulsées sur Twitter, Facebook et instagram via les smartphones.

Le rôle du hashtag

Le hashtag « TourParis13  » permet de suivre l’ensemble des conversations, interactions,  Twitter, Facebook, Instagram, Pinterest, Google+… Il envahit littéralement  les réseaux sociaux les plus importants, c’est le tatouage numérique que chaque visiteur a apposé sur les photos ou commentaires.

Instagram

Twitter

Facebook

Foursquare

Foursquare Tour Paris 13

Le plus célèbre des réseaux sociaux de géolocalisation n’est pas resté en reste face à la Tour Paris 13, avec 622 checkins,

Sur une période de 30 jours, le hashtag a été utilisé plus de 4700 fois avec un pic le jour de l’ouverture au public :

Utilisation du hashtag Tour Paris 13

Le réel et le Web

La dynamique du dispositif Tour Paris 13 repose sur la symbiose qui existe entre le lieu et les œuvres qu’il accueille, ils sont  tous les deux voués à disparaitre du monde du réel.  C’est là que l’extension au web prend tout son sens : elle va permettre, pour la première fois, de sauvegarder une partie des oeuvres des street-artistes à travers un site Web évolutif :

  • Une vidéo d’accueil permettant le teasing du projet, avant l’ouverture de la tour au public
  • L’agrégation des tweets et photos instagram lors des différentes visites,
  • La découverte du projet, des oeuvres, et des street artistes à travers une bio et des vidéos,
  • Lieu unique de sauvegarde des oeuvres des street-artistes après la destruction de la tour.

Tour Paris 13 le site Web

Ainsi la Tour Paris 13 devient-elle un musée à la fois réel et virtuel, dont le contenu est perpétuellement enrichi par les visiteurs. On se déplace sur le site comme dans le réel lors de la visite de la tour. Cet aspect participatif a particulièrement suscité l’enthousiasme des internautes.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, depuis l’ouverture du site c’est près de 250.000 visiteurs uniques et 2 millions de pages vues. C’est essentiellement le mode de navigation visuel qui est privilégié sur le site Web.

Les photos

C’est le média star du projet, il est impossible de comptabiliser le nombre de photos qui ont été partagées sur les réseaux sociaux, outre les photos isolées sur Twitter et Instagram ce sont des centaines d’albums Facebook, Pinterest, Flickr… qui ont été créés. Sur le site officiel on recense des centaines de photos agrégées :

 

Les vidéos

Elles ont servi de support durant toute l’opération. La vidéo teasing sur dailymotion a été vue  presque 32 000 fois et partagée sur Facebook plus de 3300 fois… Ci-dessous les videos supports de la communication officielle dont le nombre de vues dépasse les  42 500

L’interactivité au cœur du dispositif transmedia

Un dispositif transmédia se conçoit aussi dans une perspective d’interactivité. Nous sommes ici dans un dispositif d’urgence, la tour va être détruite… et rien ne peut empêcher la disparition des oeuvres. La collaboration des internautes est au cœur du dispositif, en amont, pendant, mais surtout après. Dans ce projet autour de la Tour Paris 13 gravite le public, celui-ci va se transformer en véritable écho numérique, c’est l’ADN de la viralisation et de la conservation des oeuvres des street-artistes. Chaque visiteur devient par ses photos, tweets, posts Facebook… le maillon indispensable au prolongement du réel vers le virtuel. Les derniers jours de la tour resteront gravés sur le Web.

Le dispositif Transmedia T13

En amont le public à un rôle d’observation, il n’est pas forcément partie prenante du projet. Les premières visites privées réservées aux blogueurs, journalistes,… ont été le détonateur du projet. Les retombées dans la presse, télévision, blogs ont joué  un rôle d’écho numérique. Ils ont amplifié la visibilité du projet, laissant par la suite le public prendre le relai. Le public, par les canaux digitaux et avec l’aide de ses différents profils sociaux (compte Twitter, Facebook, Linkedin…) a joué à son tour le rôle de caisse de résonance. Il faut pour cela que le projet soit intéressant, qu’il donne envie d’en voir plus… C’est tout l’enjeu de la temporalité, le décompte réel du temps « avant la destruction », « avant qu’il ne soit trop tard », qui a véritablement mobilisé le public en donnant une dimension émotionnelle indéniable et qui s’est répercuté sur le web.

Si le site internet a su trouver une audience sans précédent sur un projet de ce type, c’est principalement parce qu’il jouait sur la participation des internautes comme voie d’enrichissement de son contenu. Mais là où le projet « Tour Paris 13 » innove réellement, c’est en attribuant un rôle tout particulier au public après l’arrêt des visites et la destruction de la Tour.

En effet, une fois les visites clôturées, les internautes pourront choisir en cliquant sur les œuvres reproduites sur le site dédié, celles qui seront exhumées, et sauvées de l’oubli. C’est une révolution profonde du rôle habituellement dévolu au public : de spectateur passif face à des œuvres qui lui sont présentées, il devient commissaire d’exposition d’un musée virtuel destiné à être pérenne sur le web.

Ainsi le dispositif transmédia prend-il tout son sens : « l’après » de l’événement acquiert pour le public une dimension presque plus importante que l’événement lui-même. Le documentaire qui sera diffusé en 2014 sur France Ô permettra de retracer cette aventure en donnant accès au processus de création lui-même, puisque le réalisateur a suivi le travail des street-artistes pendant six mois au sein de la Tour 13.

Conclusion

Le dispositif transmédia mis en place autour de la Tour 13 modifie en profondeur la notion même d’événement artistique : voir les œuvres in situ n’est plus qu’un moment parmi d’autres d’une aventure esthétique et sensorielle qui est étirée dans la durée. En amont, l’urgence de la destruction produit une émotion très forte chez le public qui va se mobiliser immédiatement et s’investir à part entière dans le processus transmédia, en augmentant par un apport personnel le contenu proposé et a priori figé. En aval, le public n’aura pas à attendre que les siècles aient opéré un choix parmi les œuvres qui resteront. Il maitrise la temporalité, puisqu’il écrit l’histoire.

Le caractère éphémère inhérent à tout événement quel qu’il soit est donc annihilé. Cela ne peut cependant fonctionner que si le public réagit et se sent impliqué. C’est ce qui semble être au cœur même de la notion de transmédia : le public doit adhérer d’une manière ou d’une autre à l’histoire qui lui est proposée et qu’il doit écrire en grande partie. L’interactivité des supports d’expression mis en place doit donc être sans faille.

Le street-art est de ce point de vue un support de choix : transitoire et périssable tout comme la Tour 13 qui l’accueille, il devient un enjeu symbolique très fort pour le public. Le dispositif transmédia lui octroie une place créatrice sans précédent, de par la production de contenu qui lui échoie, ce qui est en parfaite adéquation avec l’esprit même du street-art.

Galerie Photo : Tour Paris 13